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Coopération africaine

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Nous survolons le Sahara.

Le spectacle est merveilleux.

Je suis envoyé en mission internationale dans un pays d’Afrique noire.

Avant d’atterrir, nous devons remplir une fiche sur notre séjour.

N’ayant pas de stylo, je me lève et ouvre le coffre à bagages situé au-dessus de moi.

Une mallette en tombe et m’ouvre le nez.

Les hôtesses me font un charmant pansement.

Dans le hall de l’aéroport, tout le monde regarde mon visage avec un air amusé.

Je suis accueilli par des coopérants.

Sur place, tout est pris en charge par le gouvernement.

Je suis logé dans un hôtel luxueux, fréquente les restaurants les plus chers et dispose d’une grosse voiture de fonction.

Ma rémunération n’est qu’accessoire.

Dès que j’ai un instant de liberté, je sors de la ville et sillonne la région.

Je me trouve confronté à une extrême pauvreté.

Je me pose des questions sur l’opportunité de ma mission.

Il y a d’autres priorités que l’informatique !

Je m’arrête fréquemment, afin de profiter d’une formidable chaleur humaine.

Un soir, je vais dans une boîte de nuit.

Entrée gratuite pour les hommes et payante pour les femmes !

Je suis assailli par les beautés locales, plus attirées par mon statut de blanc que par mon physique.

Dur de résister.

Autour de moi, d’autres coopérants tripotent fébrilement de la chair noire.

Je craque.

Elle doit laisser une pièce d’identité à l’accueil de l’hôtel.

Le matin venu, je l’invite à partir.

Je suis amer et regrette d’avoir profité de la situation.

Honteux, je me regarde dans un miroir.

Ma plaie s’est étalée.

Le climat tropical humide et l’absence de soins ne lui réussissent pas.

Les jours se succèdent.

Je continue ma mission, pressé d’en finir.

Un soir, je suis invité par l’un des coopérants.

Nous dînons dans sa maison de fonction.

Lorsque les chiens sortent, les boys doivent se cacher.

Ils n’aiment pas les noirs.

Je crois rêver.

Nous mangeons des huîtres de Marennes-Oléron, venues spécialement par avion.

Le dîner est accompagné de Château Margaux.

Le champagne nous sert de digestif.

Repu, je rentre à mon hôtel.

Ma plaie, énorme, s’infecte.

Heureusement, je rentre dans trois jours.

Mon travail est terminé.

J’embarque dans l’avion de retour.

Dans mes bagages, des statuettes en ivoire.

Pour les sortir, il me faut cracher au bassinet.

J’ai les moyens, ici !

Le 747 vient de se poser à Orly.

Je récupère mes bagages.

Ils ne sont pas fouillés par les douaniers.

Ma fiancée est là.

Elle regarde mon visage avec horreur et me dit :

– Mais, tu es une plaie vivante !

Et moi, ne pensant plus à ma blessure :

– Normal, je suis un coopérant…

© PF/Grinçant.com (Projections 1992-1993)

9 commentaires sur “Coopération africaine”

  1. Avatar photo

    de passage à Dakar, (en vacances, quoi ! ) je me balade en dehors des sentiers battus comme à mon habitude en terre étrangère.
    Un peu soif, je m’achète un coca dans une échoppe locale.
    Un gamin me regarde avec un air envieux. Je lui donne ma bouteille.
    Rarement vu autant de bonheur dans les yeux d’un enfant.
    Et simplement pour un coca.
    Nous sommes tous à des années-lumière de la réalité des choses en ce monde.

    1. Avatar photo

      Exact !
      Et pourtant, le coca (tout comme la bière) est souvent fabriqué sur place.
      Les autochtones ont droit à l’eau polluée du puits le plus proche, et ce sont les femmes qui vont la chercher.
      Il y a une chaleur humaine stupéfiante malgré la misère.

      Cela dit, n’oublions pas les atrocités que certains peuvent commettre, comme celles du Rwanda.

      À l’époque du billet, le Cameroun était une quasi-dictature, et c’était des tentatives de racket tous les 3 kilomètres…
      Corruption de la police et des militaires.

      La France a toujours encouragé cela.
      Je me pose de sacrées questions sur ces « otages », surtout avec la « libération » opportuniste d’hier.

  2. Avatar photo

    Je suis né, j’ai grandi en Afrique, j’y suis retourné en vacances, et surtout en mission(s), dont humanitaire. Sur le terrain, toujours une chaleur humaine évidente, sauf dans les contextes savamment entretenus…

    La firme Nestlé, pour ne pas la nommer, dont le budget com est l’équivalent des ressources « somptueuses » de l’Unicef pour le monde, a eu le bon goût de détourner les mères africaines de l’allaitement naturel au profit de leur poudre. Consternant quand on sait, comme vous le rappelez, que l’eau accessible est à peu près partout non potable.

    Je pensais en connaître un rayon sur mon continent natal (plusieurs générations), jusqu’à ce ce que je vois l’excellent reportage « Françafrique » en 2 volets, l’année dernière.

    Là aussi, ça grince, avec de plus en plus de bruit.

    Le terme « opportuniste » est à mon sens parfaitement inspiré, mais j’ai la force de penser que ce n’est peut-être pas complètement gagné, la com, avec le net et ses ressources réagit de plus en plus, à suivre…

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      J’avoue avoir été profondément mal à l’aise en voyant l’écart entre le comportement des Camerounais et celui des Français qui vivaient/travaillaient là-bas… Ces derniers étaient odieux, et en plus ils « gagnaient » le double, car ils étaient expatriés, alors que la vie sur place ne leur coûtait quasiment rien (grande maison de fonction + 4×4).
      Le Novotel, quant à lui, était gardé par l’armée…
      Anecdote : Un « ponte » du ministère de l’Équipement devait nous accompagner… Il essayait d’y aller régulièrement sur de l’argent public, pour se taper des filles !

      Quant à l’humanitaire, et puisque nous parlions de l’eau, il n’y a qu’à voir le comportement de Veolia qui se sert de cet argument pour que vous passiez au prélèvement automatique.
      Veolia Eau, humanitaire et prélèvement automatique

      Enfin, pour ce qui est de la « Françafrique », je ne suis pas certain que les choses aient énormément avancé.
      Hollande « Chef de guerre » au Mali, vraiment ?

      1. Avatar photo

        Vous avez eu, tout simplement, une réaction saine.

        Raymond Devos a prévenu : « quel que soit l’endroit où l’on se trouve, le nombre d’imbéciles est constant ».
        Il y a des catégories qui compensent, là, les coopérants, ils tirent vers le bas, ça paraît endémique, lié à la nature humaine je suppose ?

        Africain de coeur, je vivais en harmonie avec tous mes voisins, comme mes parents, et grands parents avant moi. J’ai observé, déjà, la même chose avec les coopérants qui devenaient rapidement des « rois nègres » dans leurs relations. Le pire, avec les enseignants, heureusement à la marge, on ne se comprenait pas beaucoup, hors la matière.

        Il y avait des contres exemples, c’est rassurant, dans des domaines techniques, ou industriels.

        C’est sûr que les « officiels » savaient se servir, ce n’est pas un problème quand tout le monde mange à sa faim, et vit sereinement, c’était le cas de mon enfance, et adolescence. C’est bien pire quand le luxe côtoie la misère. Dans ce cas c’est tellement plus simple et agréable de profiter de la situation. Pas beaucoup d’alternatives.

        Veolia, quel bel exemple de trust humaniste !

        Qui est le prochain petit génie qui saura taxer l’air que nous respirons ?

        La Françafrique, elle évolue, c’est pas reluisant, et nous ne sommes plus seuls à piller.

        1. Avatar photo

          Rappelons que les 4 otages « libérés » étaient des « pilleurs » (d’uranium).

          Autre anecdote, en complément de ce très ancien billet…

          Ce couple de coopérants se déplaçait en 4×4 avec son chien méchant qui n’aimait pas les noirs…
          Lors d’une virée près du Mont Cameroun (en allant au port de commerce de Limbé-Tiko), dans un restaurant (et il n’y en a pas beaucoup), la femme a dit d’un air méprisant au serveur/boy, après avoir indiqué son choix :
          « Et vous servirez un steak à notre chien, coupé en morceaux SVP » !
          (Parfaitement authentique)

          Et ces gens, lorsqu’ils reviennent en France, sont assis sur un tas d’or !

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    J’avais un ami qui a passé sa vie en Afrique, héritier d’une grosse affaire de papa…
    Son discours sur l’Afrique et ses habitants était édifiant !

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      Je connais aussi une personne âgée dont le mari était « notaire » là-bas…
      Elle vit dans cette nostalgie, avec plein de trophées accrochés aux murs ou posés sur les meubles (dont des ivoires, manquent juste des têtes de Pygmées).

      S’agissant du « coopérant » du billet, je pense qu’il avait dressé son chien.
      C’était impressionnant, devant un blanc il ne disait rien, devant un noir il devenait agressif.
      Curieux, dans un pays où ils sont très majoritaires, et chez eux.

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