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Couples

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Derrière la porte vitrée, le couloir.

À travers les deux carreaux légèrement opaques, je distingue deux masses noires.

Assez fines, et côte à côte.

Qu’est-ce que c’est ?

Je me lève et, prudent, ouvre doucement la porte.

Et là, je tombe sur deux lampadaires halogènes, noirs, avec quelques rares pièces dorées.

Ils ont adopté une curieuse position, leur partie supérieure étant repliée vers le sol, les vasques faisant vis-à-vis avec les socles.

La tête au niveau des pieds !

Les câbles traînent lamentablement par terre et les variateurs sont sur zéro.

Je referme la porte et m’installe sur le lit, de manière à être bien en face de ces lampadaires.

Curieusement, chacun d’eux se partage un carreau, un montant en bois les séparant catégoriquement.

Ils sont condamnés à ne plus faire de lumière.

Ils sont dans une position humiliante.

Ils sont deux, ce qui est encore plus pathétique.

Deux et ils ne communiquent pas.

Ils ne peuvent en aucun cas être sur la même fréquence, car ils ne sont même pas branchés.

Il y a aussi un autre être humain dans cette maison.

Je suis au rez-de-chaussée, et elle au deuxième étage.

Nous devions vivre ensemble, mais nous sommes séparés.

Nous ressemblons à ces deux lampadaires.

Il me vient l’envie de les redresser, de les brancher, et de les allumer.

Peut-être que cela changerait les choses pour nous deux.

Et puis non, les ampoules lâcheraient certainement.

© PF/Grinçant.com (Projections 1992-1993)