Ça m’a pris, ce matin, de bonne heure…
Il me faut une tarte aux fruits rouges !!!
8h00, je prends ma voiture, et file vers une pâtisserie connue de la ville.
Finalement, je mate une tarte « exotique » sur un chariot à roulettes…
— Ah non, Monsieur, sur ce chariot, ce sont des commandes !
Je me rabats sur celle initialement repérée en vitrine réfrigérée.
Une toute simple « Amandine aux fruits rouges » à 15 €.
Puis, comme mon réservoir est à moitié vide, je décide d’aller faire le plein à la station du supermarché, un peu plus loin.
Arrêté au feu pour tourner à droite, en face je vois un petit homme masqué qui fait le pied de grue à l’angle de l’avenue.
Le magasin n’ouvre qu’à 8h30, ça ne sera donc que du carburant pour moi.
Je m’arrête devant une pompe et descends de ma voiture.
Et là, je vois le petit homme se diriger directement vers moi.
Je pense savoir ce qui m’attend avec ma tête à conduire une Xantia : avec une Mercedes, une BMW ou une Ferrari, il ne serait pas venu.
Maigrichon, il doit faire 1,50 m, une petite casquette bleue sur la tête et un sac à dos tout rabougris.
D’une voix chevrotante, il me lâche :
— S’il vous plaît Monsieur, je suis sur la ville depuis plusieurs jours, et je n’ai rien dans le ventre, vous n’auriez pas une ou deux pièce(s) à me donner pour que je puisse m’acheter à manger ?
Je le regarde tristement, puis je pense à ma tarte sur ma banquette arrière, et je pousse — sans masque bien sûr — un grand soupir bien visible et audible.
Un peu perturbé, je fais le tour de ma voiture, mais dans le mauvais sens, mon portefeuille étant sur le fauteuil passager, juste derrière la portière où j’étais en discutant avec lui.
Et, avec ma vue déficiente, je me mets à chercher ma plus grosse pièce dans la partie porte-monnaie. Je sais que j’ai des billets de cinq juste à côté, mais pas question d’aller jusque-là.
Et je lui tends une pièce de plus en plus rare, une « 2 euros ».
— Merci beaucoup Monsieur. Pourriez-vous m’indiquer l’heure s’il vous plaît ?
Difficile de refuser, car j’ai une grosse montre au poignet.
— Il est 8h23, le supermarché ouvre à 8h30.
En partant d’un pas lent vers le magasin, il me lance un nouveau : « Merci beaucoup Monsieur ! »
C’est fou ce qu’une simple tarte peut faire culpabiliser et rendre presque « humain ».
© PF/Grinçant.com (2021)
Ce qu’il y a de bien dans une tarte élaborée ou vendue dans une pâtisserie, c’est qu’il n’y a pas d’inscription des 27 ingrédients composant le dessert industriel originel qui est à comparer avec la tarte aux fruits rouges de ce jour : Tarte multi-fruits rouges 12P 1400G, merveille de Pâques (Grinçant.com, 20/04/2014)
Dans les deux desserts, les couleurs sont belles, attirantes pour ne pas dire aguichantes… Une aguicherie pour inciter le consommateur à se manifester, à consommer. Et puis, il faut bien se faire plaisir, sinon la vie est encore plus monotone.
aguicherie : vieilli. Action, manœuvre servant à aguicher. « Quelques aguicheries impudiques » (Paul Margueritte (1860-1918), in T. L. F., 1918)
« Mon existence que j’avais rêvée si belle, si poétique, si large, si amoureuse, sera comme les autres, monotone, sensée, bête (…) »
Flaubert (Gustave), 1821-1880, Correspondance, 24 févr. 1839, t. I, p. 42.
« Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone. »
Verlaine (Paul) 1844-1896, Poèmes saturniens, « Paysages tristes », V.
Bien vu ;-)
Mais je puis vous assurer que celle-là n’a rien à voir avec celle objet de l’ancien billet que vous mettez en lien.
Là, c’est une pâte brisée, avec une couche « amandine », et des fruits rouges (vraiment) frais — ça se voit/sent — directement posés dessus.
C’est une « vraie » pâtisserie, et je ne sais même pas si ce serait rentable pour elle de les acheter « toutes faites » dans le circuit industriel.
Les fruits rouges ont la cote de nos jours, et surtout pour les connaisseurs…
La popularité grandissante des fruits rouges, un défi pour les producteurs (HuffingtonPost.fr — Par Gwenn Allanic, le 27/06/2021)
« Nous nous sommes nourris, mes petits camarades et moi, aux “petits fruits”, comme les gens de mon pays appellent les myrtilles, les framboises, les airelles et les fraises des bois, les groseilles et les cassis. »
Georges Borgeaud, le Voyage à l’étranger, p. 126. Il est suisse, né le 27 juillet 1914 à Lausanne, mort le 6 décembre 1998 à Paris, est un écrivain et libraire valaisan.
Cela change de la tarte aux pommes sans en diminuer la qualité des pommes…
En plus, je trouve que dans mes dernières tartes ils avaient plutôt du goût.
Vivement que je trouve des mûres en randonnée.
Je sais même où va surgir une mine de mirabelles sauvages, mais il faut avoir le bras long pour les cueillir. :-)
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