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Ah non, la machine ne le prendra pas… votre billet !

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Je dois avoir une amie trafiquante de fausse monnaie…
« Dis, tu n’aurais pas des pièces, je dois aller en ville et c’est pour l’horodateur, je n’ai qu’un billet ? »
Me voilà en train d’explorer le fond de mon porte-monnaie pour en sortir deux pièces de deux euros, et je complète avec de la pièce jaune à cannelures sur le bord.
Les bons comptes faisant les bons amis, je récupère un billet de cinq euros en échange.
Oui, mais voilà, je n’ai plus de quoi donner un pourboire — de trois à quatre euros — à ma coiffeuse préférée !…
Une obsession donc : transformer ce billet en monnaie…
Ce matin, magasin Carrouf.
Je fais mes courses au pas de course, avec mon panier qui finit par être rempli à ras bord.
C’est lourd, mais ça limite les achats.
Je prends la seule caisse ouverte avec une véritable caissière, en chair — quoiqu’un peu mince — et en os.
Pas trop souriante derrière son masque.
Cinquante-cinq euros quand même : le sans contact ne passe pas, du coup c’est le code sur un terminal non nettoyé après chaque client.
J’ai eu envie de lécher le clavier avant de valider, histoire de tester ma résistance immunitaire, mais ça ne se fait pas, surtout devant une jolie jeune fille masquée qui fait déjà la gueule.
Une fois mes courses dans la voiture, je retourne au magasin pour m’emparer d’un bidon de cinq litres de javel ; le moins cher, celui à un euro quatorze.

Bidon de 5 litres d'eau de javel

Et là, je vais directement dans l’enclos des automates.
Ils sont maintenant neuf (et neufs), avec un seul cerbère.
Je choisis le paiement en espèces.
Je lui refile des piécettes jaunes avant qu’elles ne soient retirées de la circulation.
Et j’enquille mon billet de cinq euros dans la fente pour récupérer quatre euros en pièces.
Oui, mais voilà, il est avalé, puis régurgité immédiatement !
J’essaye dans tous les sens, devant/derrière, recto/verso…
Il est un peu plié et même un peu coupé, je fais donc tout pour le passer bien à plat et bien droit.
Mais non, cette saloperie de machine me dégueule systématiquement mon billet qui a pourtant cours légal.

Billet de 5 euros refusé par l'automate

Le jeune cerbère vient à mon secours, et essaye une fois pour arriver au même résultat.
Puis il me dit : « Ah non, la machine ne le prendra pas, votre billet, vu son état ! »
Sans me proposer la moindre solution.
J’ai eu envie d’ouvrir mon bidon de javel pour arroser la machine qui ne veut que des billets en parfait état.
Mais la javel n’est pas une bonne méthode pour blanchir la (fausse) monnaie, les grandes surfaces sont plus efficaces pour cela.
Et me voilà obligé d’enquiller un billet de dix euros presque neuf pour que le paiement fonctionne.
La machine a dit, la machine a décrété que mon billet, je n’avais qu’à le refiler ailleurs.
Ah, il est beau le monde vers lequel on nous dirige !…
Celui où il n’y aura plus que des machines.
Bon, maintenant, je passe à la station, pour le plein de diesel, pour avoir affaire à un autre… automate !

© PF/Grinçant.com (2020)

6 commentaires sur “Ah non, la machine ne le prendra pas… votre billet !”

  1. Problème général : on a remplacé l’homme par des machines dans de nombreux postes où il y a interaction avec le public (ça coûte moins cher, c’est dispo 24h/24 7j/7).
    Évidement ça coince à certains moments : allez demander à un automate quelque chose auquel il n’a pas été programmé.

    Si un jour on a un gros problème (imaginez des crues comme celle de la semaine dernière, mais dans une région bien plus peuplée), plus d’électricité –> Tous les automates HS –> Plus d’essence, plus de nourriture. Combien de temps nos concitoyens — dont la plupart ont été élevés dans le coton — vont-ils tenir ?

    1. Je suis tout à fait d’accord !

      Je nourris depuis longtemps, et de plus en plus maintenant, un phantasme : la dernière scène du film de John Carpenter « Los Angeles 2013 » qui fait suite à « New-York 1997 ».

      Le héros des deux opus, Kurt Russel alias « Snake », se bat contre une conspiration destructrice bien avancée. Ils ont été tournés en 1981 et 1996, autant dire prémonitoires…

      La dernière scène, donc, Snake, pourchassé de toutes parts, atteint la centrale mondiale où tout est relié dans un bunker inaccessible. Là, il a dans les mains une grande manette qu’il suffit de basculer pour tout éteindre. Il est en contact radio avec les méchants qui font ce qu’ils peuvent pour le dissuader de commettre l’irréparable, y compris d’en appeler au « bon sens ».

      Et devinez quoi ? Dernière seconde : Clac !

      Retour à la Nature 8-D

        1. Si un ensemble cohérent et suffisant pour faire basculer le plateau disait simplement NON ! Je pense qu’on baisserait pas mal de manettes, voire un effet domino ;-)

          1. Effectivement.
            Et la période semble pourtant propice.
            Si cette fuite en avant continue, 2021 risque d’être une année charnière.
            Croisons les doigts pour que les gens se réveillent vraiment.

    2. Fin décembre 1999, la tempête « Martin » a soufflé, là où j’étais à l’époque, à 194 km/h.
      Les transfos EDF de la ville sautaient les uns après les autres en faisant des éclairs.
      Dès le premier jour, plus d’électricité, plus de téléphone fixe (très utilisé à l’époque), et bien sûr plus d’Internet.
      Et dès le lendemain, plus de téléphonie mobile et… plus d’eau !
      Eh oui, les châteaux d’eau fonctionnent avec des pompes… électriques !

      Mes locaux professionnels, situés derrière un centre Leclerc — lui « réalimenté » assez rapidement —, sont restés sans courant pendant 15 jours.
      Les gens se battaient dans les magasins pour s’arracher les derniers matériaux (tuiles, ardoises, etc.).

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