J’aime bien acheter via Le Bon Coin.
Tout d’abord parce que cela permet de donner une énième vie au produit ; dans mon cas, c’est le plus souvent une seconde.
Ensuite, parce que cela participe à une démarche « décroissante » et que les commerçants ne peuvent pas se frotter les mains avec moi dans une société de consommation en roues libres, du moins pour les objets que je peux acheter par ce canal.
D’autant qu’en ce moment, les commerçants qui se font supplétifs zélés de l’État, des préfets, des maires, de la police, ben ils n’ont qu’à aller se faire voir. J’appelle ça de la collaboration active, au sens le plus vilain du terme.
Que du déplaisir à entrer dans un magasin, avec des messages sonores et visuels anxiogènes, du gel hydroalcoolique presque obligatoire, et des masques imposés.
J’ai très souvent acheté du « seconde main », fréquemment à la limite du neuf, en privilégiant une relative proximité, afin de faire une transaction en « mains propres ».
Et presque à chaque fois, c’est chaleureux, et cela permet des échanges intéressants, d’autant que je respecte le vendeur, et que le plus souvent ceux sur qui je tombe respectent l’acheteur.
Hier soir, j’ai trouvé un objet qui m’intéressait.
J’ai déployé ma stratégie habituelle — échange de mails, puis entretien téléphonique — pour vérifier le sérieux de l’offre, puis m’engager.
Et ce matin, me voilà parti à une heure de route de chez moi.
Le vendeur, un jeune, semblait sympa au téléphone.
En fait, il était sympa tout court, mais je suis obligé d’utiliser le passé.
En effet, ne trouvant pas son adresse exacte, il m’a rejoint à l’extérieur, mais il a refusé de… me serrer la main !
Heureusement, il ne m’a pas imposé le masque, sinon je serais reparti.
Ensuite, ça ne l’a pas dérangé que je touche et teste l’objet de mon déplacement.
Puis il a accepté de remplir une « Lettre de cession », imprimée par me soins, sur mon papier. Mais il a utilisé son propre stylo.
C’est là que l’on voit que cette mascarade du Covid rend les gens irrationnels.
Puis il a remis dans sa boîte l’objet que j’avais bien manipulé.
Et il s’est mis à compter soigneusement — à deux reprises — les quatorze biftons, pas vraiment neufs, que je lui avais mis dans une enveloppe, le tout en les étalant scrupuleusement sur sur son plan « repas ».
Là, le Covid était bien loin de son esprit.
Et en repartant avec mon acquisition sous le bras, je lui ai tendu la main…
Qu’il a à nouveau refusé de serrer !
Bref, ça m’a un peu gâché cette transaction.
J’ai bien peur que les dégâts soient irréversibles dans certaines têtes.
© PF/Grinçant.com (2020)