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Nécessité ou mesquinerie à deux centimes

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Je devais 9,87 €, et je le savais, car j’avais fait le calcul sur mon smartphone.
Pour une fois, peu d’attente en caisse.
L’hôtesse scanne rapidement mes quelques articles que je range dans mon sac en 100 % coton garanti équitable d’une autre enseigne.
Le moment de payer : elle m’annonce bien 9€87, et je choisis de régler en espèces.
Je sors un billet de cinq euros, puis fouine dans la section pièces de mon portefeuille 100 % français en cuir gras vachette pleine fleur.
Manque de lumière, j’extirpe péniblement les pièces une à une, puis, me pressant moi-même, je complète en lui disant à haute voix « neuf euros quatre-vingt-dix », alors même que j’aurais pu faire l’appoint avec ma ferraille jaune.
J’attendais mes trois centimes en rendu de monnaie.
Mais elle me pose dans le creux de la main le ticket avec une malheureuse pièce d’un centime à l’intérieur.
J’ai vu qu’elle savait ce qu’elle faisait, et qu’elle avait compris que j’avais compris.
Mais rien ne s’est passé, j’ai fait glisser la pièce dans mon portefeuille, et je suis parti en répondant à son « au revoir », en plus d’un « merci ».
Pourquoi ne pas avoir osé lui dire « il manque deux centimes » ?
Avait-elle une erreur de caisse, ou un mauvais rendu de monnaie à compenser au fil des clients ?
Cela aurait été avant l’€uro, et dans ma jeunesse, je n’aurais pas eu ces scrupules, car j’aurais ainsi été privé de l’équivalent de 2,6 Carambar ou Malabar… Mais, adulte, avec mon portefeuille de luxe dans ce monde capitaliste et plus que jamais d’exploitation, j’ai laissé filer…
Je pense que nous sommes deux à avoir ressenti comme un malaise.

© PF/Grinçant.com (2017)

2 commentaires sur “Nécessité ou mesquinerie à deux centimes”

  1. Il faut un certain courage pour comprendre spontanément cette situation, et aussi pour la partager.

    Il faut, bien évidemment être humain, et dans la vraie vie.

    J’espère que ce malaise s’est rapidement évaporé.

    1. Exactement, et c’est très perturbant.
      Tout se passe en une fraction de seconde, et les enjeux (humains) vont bien au-delà des deux centimes.

      Oui, ça s’est vite « évaporé », mais j’en ai quand même fait un « écrit » ;-)

      Ça me rappelle cet autre épisode de vie : Le coût de la pompe

Les commentaires sont fermés.