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Mises en boîtes, qui veut la tournée ?

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Mises en boîtes, qui veut la tournée ?Il stoppe sa vieille R5, là, carrément à l’entrée du parking.
En fait, il ne compte pas y stationner.
Il descend de sa guimbarde, avec quelque chose à la main.
Les cheveux blancs, probablement plus de 65 ans.
Il se dirige vers les boîtes à lettres.
Il y en a neuf, et il dépose son objet dans celle du centre.
En rebroussant chemin, il regarde sa montre.
Il est 7 h 15, et il est en retard.
Il remonte dans sa R5, fait une marche arrière, et repart.
Vers une autre boîte, la suivante.
Tous les matins, à l’aube, il distribue ses journaux.
Ceux de la presse quotidienne régionale, la PQR.
Demain, il reviendra, enfin si sa santé le lui permet.
Ce petit boulot, il ne pensait pas en avoir besoin.
Mais sa retraite ne lui permet pas de joindre les deux bouts.
Il n’a pas le choix, enfin, tant qu’il peut encore le faire.

Elle marche devant en bougonnant.
Il la suit, en tirant la jambe, avec son chariot de courses.
Usagé, le chariot, avec des roues qui couinent.
Que voulez-vous, il en a fait des kilomètres !
Elle ouvre la porte du hall de ce petit immeuble.
D’un regard entraîné, elle compte les boîtes à lettres sans stop-pub.
« Hector, donne-m’en quatre ».
Il les lui tend, elle entre, et enfourne ses liasses.
Des catalogues de la grande distribution et des prospectus.
Elle ressort, et d’un pas décidé se dirige vers un autre immeuble.
Elle râle après son mari qui peine à suivre la cadence.
Ils n’ont pas de retraite et font ce job pour s’en tirer.
Boulot sous-payé, car l’employeur ne comptabilise que la tournée.
Sur la base d’un jeune sportif, et pas de personnes âgées.
En oubliant de compter l’assemblage des documents, fait sur la table de la cuisine.
En oubliant que pour respecter le délai, mieux vaut être deux.
Sachant que la modeste paye ne concerne qu’une seule personne.

Elle, elle est plutôt jeune.
À speeder sur son scooter.
Jaune, le scooter, car il appartient à La Poste.
C’est la factrice, et sa tournée est de plus en plus longue.
Le temps imparti, lui, reste le même.
Et en plus, c’est un temps partiel.
Aujourd’hui encore, elle ne finira pas à l’heure.
Consciencieuse, elle ne fera pas comme certains collègues.
Qui remettront le reste de la distribution à demain.
Elle s’arrête, une fois de plus.
Entre dans ce hall et distribue le courrier.
Puis elle plonge sa main dans sa poche.
Et glisse des petits carrés de mauvaises photocopies dans chaque boîte.
Des papillons pour Maître Baba, le Médium n° 1, le médium du siècle.
Même les boîtes avec stop-pub y auront droit.
Le passe du facteur est génial pour faire ce genre de distribution.
Oh, elle ne touchera que dix euros de Maître Baba, mais c’est toujours ça.
Elle a vingt-quatre ans et un emploi.
Et c’est déjà la galère.

Crédit photo : Toufik-de-planoise CC-1.0 Wikimedia

© PF/Grinçant.com (2013)

Billet en rapport : La mort au bout de la tournée de distribution ?

11 commentaires sur “Mises en boîtes, qui veut la tournée ?”

  1. Avatar photo

    Assez triste tout ça… Et de plus en plus de personnes sont comme cela. La situation n’est pas encore comme en Allemagne, où beaucoup de retraités ont un mini-job à côté (En France, 10 % des retraités sous le seuil de pauvreté, 24 % en Allemagne, d’après le Diplo de ce mois)

    1. Avatar photo
      PF/Grinçant.com

      Oui, d’autant que les « employeurs » en profitent.
      Pour les prospectus, avant c’était plutôt des jeunes qui s’en occupaient, maintenant ce sont des personnes presque âgées.
      Dans ces secteurs, les offres d’emploi sont permanentes vu que les gens ne restent pas, par fatigue, ou par simple constat des abus.
      Si l’on compte le vrai temps passé pour un assemblage/distribution de catalogues/prospectus, le revenu horaire doit être plus proche de 2/3 euros que du SMIC, sans compter les frais (voiture).
      Bref, nous ne sommes pas loin de l’Allemagne avec ses « emplois » à 1 euro.

      1. Avatar photo

        les job alleamnd a 1 €/h c est de la propagande. c est en fait 1€/ en plus des allocations et ce type d emploi est reserve aux secteur non commercial (mairie, universite …)
        l objectif est pas tant de faire travailler les gens que d eviter que ceux ci perdent contact avec le monde du travail (je sais que je vais en faire hurler certains, mais si vous prenez l habitude de vous lever a 11 h c est dur de vous lever a 7 h le matin pur aller travailler (experience perso))
        le plus criticable dans le systeme alleamnd c est surtout les mini jobs (400 €/mois a temps partiel) mais je reconnais que le 1€ est plus vendeur

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          PF/Grinçant.com

          Le problème des emplois à 1 € de l’heure ou à 400 €/mois à temps partiel (même combat), c’est qu’ils tirent tout le système vers le bas.
          Les recruteurs prennent l’habitude d’avoir de la main d’œuvre presque gratuite, alors pourquoi se priver ?

          Je risque aussi d’en faire hurler plus d’un : en acceptant un tel travail, on scie la branche sur laquelle on est (et celle de nos enfants).
          Pourquoi vous payer normalement, alors que vous acceptez des miettes, ou que d’autres les accepteront ?

          PS : la réponse, je la connais, et justement le système joue là-dessus.
          La pauvreté est un business à part entière.

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    Je fais moi aussi ce boulot répugnant de distributeur de prospectus
    Pour savoir combien de temps je dois travailler,c’est très simple:il me suffit d’additionner le temps indiqué sur mes feuilles de route et de le multiplier par deux.
    Vu que les indemnités de carburant sont largement sous-évaluées,il est rare que je dépasse les 4 euros de l’heure,en plus,il m’arrive de me faire râler dessus par des gugusses encore en pyjama à 11 heures du mat’,charmant!
    Sérieusement ,je ne conseille à personne de faire ce boulot à moins qu’il ne soit comme moi dans une merde absolue!
    Les facteurs se sont bien fait arnaquer aussi et font de plus en plus d’heures non payées,beaucoup finissent leurs tournées vers 14 h alors qu’ils sont censés finir à 12h30 !

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      PF/Grinçant.com

      Merci pour votre témoignage.

      Tous les témoignages vont dans ce sens : par une sous-estimation manifeste du temps nécessaire, la rémunération nette ne dépasse quasiment jamais 3 à 4 euros de l’heure.
      Les frais sont aussi en grande partie pour les pieds (c’est le cas de le dire) de ceux et celles qui font ce job.

      Les entreprises de distribution misent sur la « merde absolue ».
      La principale, « Adrexo », se revendique « Premier réseau de distribution postale privée en France avec 23 000 distributeurs salariés » et a des offres d’emplois en permanence dans les gratuits ou sur internet (cause = turnover, en général dès la première tournée).

      On trouve même des titres presque séduisants pour une variante du job : « Équipier de diffusion de presse gratuite d’information régionale de la main à la main (street marketing!) »… Tout un poème pour un job probablement en or !

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    Bertrand Zumance

    Grinçant, grinceurs, et grinceuses, bonjour !

    Encore un article qui souligne « le business de la pauvreté « comme dit PF ! Le pire, c’est que peu d’entre nous faisons encore attention à tous ces boulots de merde et à ces personnes qui sont obligées, de par leur précarité, à s’y abaisser. Tant que nous n’y sommes pas confrontés, ça va !

    Aussi, je me pose une question pratique au sujet des auto-collants « STOP PUB »- ou équivalents – tellement en vogue aujourd’hui : est-ce bien utile ? Et à qui cela profite ?

    – Est-ce que c’est globalement efficace, donc respecté ? (personnellement, çà fait des années que je me dis « je vais en mettre un », et je ne l’ai toujours pas fait !…)

    – Si c’est respecté, cela veut dire que le petit porteur va suer et marcher encore plus pour distribuer son paquet de pub (c’est bien payé au quota, et pas à l’heure, on est d’accord), alors ce n’est pas lui rendre service, d’autant plus que ce petit porteur est alors confronté à un cas de conscience : soit il respecte consciencieusement votre volonté de ne pas être envahi de pub, parce qu’il se met à votre place, et alors il se tire une balle dans le pied (son pied si précieux pour son petit boulot), soit il ne respecte pas votre « stop pub » pour se faciliter la vie (qu’il a dure, je le rappelle), en prenant le risque que vous lui tombiez un jour sur le dos, excédé que ce porteur ne tienne pas compte de votre confort publicitaire (et je ne serais vraiment pas étonné que ce genre d’altercation aie déjà eu lieu).

    – Si je décide (bien malgré moi, dans mon cas personnel) de ne pas mettre cet auto-collant confortable, et que, pour aider ces petits porteurs dans leur tâche ingrate et mal payée, j’accepte de ramasser ces kilos de réclame (chez moi, çà tombe à terre!), non sans y jeter un œil « au cas où », on ne sait jamais, il y a peut-être une bonne affaire à faire avec un truc dont j’ai justement besoin en ce moment », donc à les trier, et les survoler quand même un minimum, voire, de temps à autre à en stocker pour rien car la date de la promo sera dépassée quand je reviendrai m’y intéresser (tout çà, c’est du vécu!)… et donc, j’en viens finalement à balancer tout çà, d’un bloc, ou plus, au tri sélectif (je n’ai pas de cheminée, mais par expérience, les papiers et les encres utilisées pour la réclame sont de piètres allume-feu, rien ne vaut la presse, et en plus, on brûle le support de la désinformation générale financée par les banquiers, mais c’est un autre sujet !), et ça fait les choux gras de Véolia (par exemple) qui a eu le marché public de la collecte et/ou du traitement du tri sélectif !

    Conclusions:
    – Au final, le « dealer » de pub est rarement emmerdé par la démarche « stop pub ». C’est son client, le distributeur, qui va reporter la pression sur ses petits porteurs. Eux, ils vont en chier!
    – La pub alimente grassement le business du tri sélectif qui devient à tous points de vue une démarche polluante (même si les procédés de traitement des déchets sont toujours « améliorés ») et inutile à la société, mais n’est considéré ici que l’intérêt du dealer de pub, et non pas l’intérêt de la proie (le client, le consommateur, vous, moi), et de celui qui veut coûte que coûte faire remonter le saint chiffre de la croissance ! Car, si tout çà ne sert à rien de concret pour faire avancer la société en apparence, ça fait quand même bosser des gens, et donc, ça fait des bonnes statistiques pour les technocrates qui sont payés par les lobbys pour faire semblant de nous gouverner !

    Propositions:
    – Les gens qui veulent de la pub dans leur boîte aux lettres devraient s’abonner à des « magazines » de pub (évidemment, de la pub, il y en a aussi à foison sur internet, si vous avez internet…) ou en faire la demande expresse auprès de Mr Mulliez (c’est un exemple). Pourquoi pas ?
    – Les commanditaires de ce saccage écologique, culturel et humain devraient être lourdement taxés pour de tels méfaits. Sans parler de l’exploitation des petits porteurs, qui est à la limite de la législation sur le travail.
    – S’ils sont prêts à louer des panneaux de 12 mètres carrés à Mr Decaux (c’est encore un exemple), on pourrait aussi leur louer nos boîtes aux lettres au prorata de la surface développée de leurs prospectus (recto-verso, c’est biiiiingoooo!). C’est pas une bonne idée çà?

    Bon, je crois que j’ai fait le tour de ma petite réflexion, si vous avez des idées ou des critiques constructives, n’hésitez pas, GRINCEZ !

    1. Avatar photo
      PF/Grinçant.com

      Merci pour votre long commentaire dont je tiens à souligner particulièrement un tout petit passage : « c’est que peu d’entre nous faisons encore attention à tous ces boulots de merde et à ces personnes qui sont obligées, de par leur précarité, à s’y abaisser ».

      Concernant le « Stop-Pub », oui cela va compliquer la vie des distributeurs qui voient leurs tournées allongées.
      C’est par ailleurs d’une grande hypocrisie, car certains « journaux » passent à travers les mailles, comme celui de votre commune, du Conseil général ou régional… Qui ne se gênent pas pour intégrer de la pub payante !
      Une sorte de « coupe-fil » qui autorise la pub à ceux qui soutiennent financièrement, d’une certaine façon, des politiques.

      Oui, le « Stop Pub » est en général respecté par les distributeurs, même si ça les emm…

      Un ancien billet sur ce thème : Stop Pub et Collectivités locales

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    Confirmation : j’ai un Stop-Pub sur ma boîte aux lettres, et c’est respecté. MAIS je reçois bien la feuille de chou du Conseil Général, association de quartier, etc. J’avais entendu dire que de temps en temps les responsables des boîtes distributrices faisaient la tournée pour voir combien de stop-pub fleurissent, pour les décompter de la tournée. Alors oui, pour faire le même chiffre de papiers distribués, il faut faire davantage de km (j’habite une cité, le chiffre est plus vite atteint). J’ai collé ce stop-pub parce que j’en avais marre et archi-marre d’être envahie de pub que je ne lis JAMAIS. J’achète ce dont j’ai besoin, point. Pas d’argent à perdre dans des extras ! Ce qui n’est pas nourriture vient d’Emmaüs ou des brocantes. Et je vais de toute façon à L*dl, donc moins cher ce sera difficile. Donc réflexe « écolo » (pour le dire vite). D’autant que dans notre immeuble (50 petits logements), il y a une grande « poubelle-à-pub » très officielle pile à côté des boîtes aux lettres, et elle déborde régulièrement, alors même qu’une femme de ménage passe tous les jours.
    Pour me faire l’avocat du diable : ces pubs doivent aussi être la perdition de certains qui ne savent pas résister à une pub, précisément, ou qui n’existent que par ce qu’ils possèdent, et elles aggravent donc possiblement la pauvreté de ceux de nos concitoyens qui sont déjà très démunis …

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      PF/Grinçant.com

      D’autant que, ne l’oublions pas, ces tonnes de papier, encre, avec des frais marketings, de mise en page, d’assemblage, etc.
      Eh bien, nous les payons quoi qu’il arrive (même en les jetant), lorsque nous faisons nos courses dans ces enseignes.
      Ou alors ce sont les autres qui paient.
      Mais dans tous les cas, cela est répercuté sur les prix.
      Les personnes en situation difficile sont donc également touchées par ce cercle vicieux.
      Quant aux acheteurs compulsifs, ils n’ont qu’à se faire soigner… ;-)

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      PF/Grinçant.com

      Ça sent la rentrée…
      En ce lundi matin 19/08/2013…
      1,517 kg de pub dans la boîte ! (Ça représente 300 pages A4)
      Imaginez ce que doivent trimballer ces pauvres distributeurs :-(

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