C’est la guerre.
Une ethnie contre une autre.
C’est ce qu’ils appellent une purification.
Personne n’a su, ou voulu, les arrêter lorsque cela était encore possible.
Des milices ont été constituées.
Elles traquent l’impur, civil de préférence.
Une fois trouvée, la victime ira rejoindre les charniers.
Des tireurs isolés sont embusqués dans tout le pays.
Pour eux, c’est la fête.
C’est comme sur un stand de tir, on dégomme tout ce qui bouge.
Les munitions sont abondantes.
Même le plus maladroit peut faire un carton, il suffit d’arroser.
Célibataire, Marianne a vingt ans.
Elle a voulu s’engager dans la milice, mais ils refusent les femmes.
Même embusquée, elle est inefficace, car elle n’a pas d’arme.
De sa fenêtre, elle voit les autres œuvrer à sa place.
Une grande tristesse l’envahit.
Sur le trottoir d’en face, une femme vient de tomber.
Touchée par une balle mortelle.
Le bébé qu’elle tenait dans ses bras gesticule en pleurant.
Marianne a une idée, elle va enfin être utile.
Elle se glisse dans la rue et se dirige vers l’enfant.
Elle ne craint rien, le tireur, quelqu’un de son immeuble, la connaît.
Ils sont de la même race.
Elle attrape le nourrisson par le bras et rentre chez elle.
Toute joyeuse, car elle sert enfin son pays, Marianne place l’enfant dans le four.
Le thermostat est sur huit, comme pour une dinde.
Dans moins de deux heures, l’ennemi sera cuit à point.
Le chien appréciera.
Voilà deux mois qu’elle sévit.
Les miliciens adorent manger chez Marianne, c’est une bonne cuisinière.
Et en plus, il y a de la quantité.
Maintenant, en moins d’une heure, elle peut en faire cuire quatre ou cinq.
On lui a refusé une arme, elle a trouvé un micro-ondes.
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