Ma principale collaboratrice est vêtue d’une longue robe, d’un blanc immaculé.
Je suis au fond de l’église, songeur.
À son retour au bureau, il faudra l’appeler « Madame ».
Elle est si jeune, ce sera difficile.
Son nom aussi aura changé, il faudra que je m’y fasse.
Elle vient de dire « Oui », mais personne n’a entendu, en dehors du prêtre et de l’heureux élu.
Ce doit être l’émotion.
Je souris bêtement en m’imaginant dans cette robe.
Tous les marins viennent dans cette église, deux maquettes de navires sont là pour le rappeler.
Marie-Laure et Pascal adorent la voile et la plongée sous-marine.
La continuité, la mer.
Et bientôt la mère, je le souhaite sincèrement à ma collaboratrice.
Je l’imagine avec un enfant.
Elle en rêve, elle ne cesse d’en parler.
Elle est si jeune, elle a le temps.
Je pense à un mauvais calembour :
Marie, elle adore la plongée.
Mariée, elle adore la plonge.
C’est de très mauvais goût.
Je suis célibataire, c’est la jalousie qui doit me pousser à imaginer un tel jeu de mots.
Les anneaux sont passés, reliés par des chaînes invisibles.
Le prêtre signale que la cérémonie est terminée.
The end.
Deux célibataires viennent de déclarer forfait.
Nous sortons et formons un arc de cercle devant le portail grand ouvert.
Les mariés avancent vers nous.
Des planches à voile ornent le parvis de l’église.
De joyeux drilles applaudissent avec des palmes de plongée.
Les confettis pleuvent.
Le soleil est radieux.
Les voilà.
Ils sont acclamés.
Marie-Laure multiplie les bises.
Elle qui déteste ça !
J’y ai droit également.
Je suis ravi.
Tout le monde admire la mariée, rayonnante de beauté.
La fête doit se terminer.
Le mariage doit se vivre en couple.
Deux planches à voile sont devant nous.
Marie-Laure et Pascal ont chacun la leur.
Debout, ils tiennent fermement les voiles.
Et nous soufflons à l’unisson, de toutes nos forces.
Les mariés s’élèvent et, bien parallèles, font cap vers le soleil, encore plus radieux.
Je ne sais pas nager, j’ai très vite le mal de mer, et je m’en vais triste, car je suis seul.
Au dessus de moi, un nuage m’accompagne, cachant ce soleil qui m’est inaccessible.
© PF/Grinçant.com (Projections 1992-1993)