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Ma symphonie

AVERTISSEMENT : Ce billet date de plus d'un an.

Je viens de traverser la ville.

C’est la fête de la musique.

Des centaines d’individus ont sorti des centaines d’instruments.

Ils sont sur les trottoirs, sur les places, dans les moindres recoins.

Vous passez tranquillement et sursautez, car une grosse caisse vient de vous rappeler qu’il est souhaitable de donner son obole.

Il convient d’encourager les musiciens en herbe.

Mon porte-monnaie se vide à une vitesse vertigineuse.

Je décide de me renflouer.

Moi aussi j’ai un instrument de musique.

Il s’agit d’un superbe synthétiseur.

Je l’avais acheté pour me faire plaisir, mais je n’ai jamais vraiment su l’utiliser.

Je suis mélomane, mais pas musicien.

Mon appartement donne sur un carrefour, l’un des plus passants de la ville.

Je passe une rallonge par la fenêtre et descends mon synthé, avec un ampli et de grosses enceintes acoustiques.

Je branche l’ensemble et règle mon instrument.

Je commence à jouer, au gré de mon inspiration.

Ça n’est pas si mal.

Les voitures ralentissent à ma hauteur.

Il fait chaud, les vitres sont baissées.

Quelques passants me laissent la pièce.

Je joue depuis une heure.

J’attaque le final.

Je pousse tous mes curseurs à fond.

C’est un véritable délire cacophonique.

Les conducteurs qui arrivent à ma hauteur portent les mains à leurs oreilles et freinent brusquement.

Ceux qui arrivent derrière n’ont pas le temps de s’arrêter.

Les véhicules s’enchevêtrent.

Je suis devant une montagne de tôles.

Je m’empresse de ranger mon attirail et m’enferme dans mon appartement.

Je suis content.

Ma « Symphonie du Ferrailleur » ne pouvait trouver meilleure chute…

© PF/Grinçant.com (Projections 1992-1993)