Les seules toilettes de l’étage étaient libres.
Je viens d’y entrer.
Je viens de m’y installer.
L’endroit idéal pour rêvasser.
Le seul endroit où vous pouvez marquer une pause pendant votre travail.
En ce lieu, vous n’êtes passible d’aucune sanction, vous êtes le chef.
Malheureusement, c’est l’heure de pointe.
Vous entendez des pas.
Puis vous voyez la poignée tourner.
Dans ce cas-là, il faut rester impassible et se faire discret.
La personne repart, emmenant votre quiétude avec elle.
Vous savez qu’elle va revenir, et cela vous stresse.
Dans le couloir, à nouveau un bruit de pas.
Une démarche lourde et décidée.
C’est un homme.
Il a l’air pressé.
La poignée tourne, la porte bouge.
Pourvu que le verrou tienne !
Ouf, il a compris que les lieux sont occupés.
Malheureusement, il reste, il fait les cent pas derrière la porte.
Rien n’est plus stressant que cela.
Il faut se dépêcher.
Si vous traînez, vos collègues vous dévisagent lorsque vous sortez.
Allez savoir, vous êtes peut-être malade !
Ça y est, je me lave les mains.
L’autre, derrière la porte, doit jubiler, son heure est proche.
J’ouvre la porte.
Il entre en trombe, avec des dossiers à la main.
Je réussis à sortir.
Il s’enferme, poussant le verrou avec énergie.
J’attends deux minutes.
Il faut qu’il soit bien installé, instruisant ses dossiers dans un délicat fumet.
Puis je tourne la poignée, avec force.
Puis je fais les cent pas devant la porte.
Il faut qu’il sache ce qu’est le stress des cabinets…
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